du 1er au 23 Mars 2005
Le Polaris - ave de Corbetta
BP 397- 69960 Corbas
www.lepolaris.org


avec la complicité
de Claude Couffin

Comissaire d'exposition :
Stani Chaine



Vidéo 7,8Mo
SYLVIE MARGOT : TÊTE DE L'ART

Les fonctions conceptuelle, sociologique, politique, idéologique, comme esthétique sont inhérentes à l'art. La main imprimée sur la paroi par un homme ou une femme préhistorique est un concept. En concevant la Chapelle Sixtine, Michel Angelo Buonarroti sert ou dessert une idéologie. Le Caravage s'inscrit sociologiquement dans les bouges napolitains et Ernest Pignon Ernest en dehors. Le rejet de l'esthétique par Duchamp, les post-duchampiens - surtout -, les anti-Kantiens qui n'ont pas lu Kant, même si ce rejet est historiquement fondamental, est encore de I'esthétique. Tellement importante... surtout si l'« artiste » détient un savoir-faire ; ce qui n'appartient pas à tout le monde. De même et par ailleurs, le « pathos » fut parfois tellement envahissant et gluant dans les œuvres que l'on peut en deviner le rejet. Le XX° siècle - ceux de son origine mais essentiellement les suiveurs - a donc autoproclamé la tabula rasa. La cosa mentale ainsi que le refus de tout « sentiment », de toute « émotion » dans l'œuvre ont donc et ainsi donné naissance à une pensée unique, une pensée officielle qui fait des ravages, induit son « académisme contemporain » et élimine du champ de la création tous ceux qui ne veulent pas suivre, dépassent la tête ou le corps, n'entrent pas dans la « bonne attitude artistique » ou, par exemple, ne travaillent pas - actuellement - le médium vidéo. Et toute une instrumentation existe y pour ce faire ; promue et relayée par le marché et par les institutions.

Sylvie Margot est artiste. Artiste contemporaine. Artiste d'aujourd'hui, elle connaît et pratique les fonctions conceptuelle, sociologique, politique et idéologique de l'art. Depuis toujours. Car c'est en elle, c'est sa génération ; ce n'est pas une leçon (mal) apprise, sassée et ressassée. En outre, elle ne fuit ni la dimension esthétique de son œuvre, ni ses sentiments, ni ses émotions, ni ses rires, ni sa jubilation, ni ses délires provocateurs bien qu'amusés. Mais elle n'entre donc pas dans les différents formatages actuels.
Le Polaris de Corbas lui offre une possibilité et une chance. Car Sylvie Margot est singulière, produit une œuvre singulière et la développe. Mais son truc, ce n'est pas un minimalisme puritain néo-conforme, néo-conformiste et déjà académique. Ce n'est pas non plus la « vidéo pour la vidéo », puisque dès sa formation aux Beaux Arts de Lyon et dans sa pratique quotidienne d'infographiste, elle l'utilise depuis 25 ans. Pour fa « P »einture, elle continue encore et toujours avec les pinceaux, la toile, les couleurs et revendique un savoir-faire qui ne se piège pas dans la maladresse congénitale ou le discours vide des nouveaux rois soudain nus.

L'œuvre de SM est joueuse. Elle est sexe aussi. Mais pas le sexe catho inversé et inverti des Sade, Bataille, Masoch, Klossowski, Bourgeade ou autres frapadingues adeptes pédophiles, tortionnaires, humiliant ou se réjouissant sur le sang des taureaux qui coule dans les corridas. Ni le sexe porno triste de la connerie humaine. Nulle misère sexuelle ici ! Ni souffrance, ni faute, ni ennui, ni culpabilité, ni morale à l'endroit ou à I'envers, où la baise se pratique en bottes de cuir, cravache, voire crucifix ou bâton de maréchal. Non, ce serait plutôt la veine bleue ou rose de Rabelais ou Henri Miller. La veine joyeuse ni néo-cucu ni post-nunuche. Car l'œuvre de Sylvie Margot est également cochonne. Je veux dire qu'elle fait l'apologie du goret, du petit cochon à queue en tire-bouchon qui pratique l'humour en relief. Comme l'écrit Mireille Vernet, la poète-fontaine, « SM s'empare de nos friandises et les doue d'une âme irréductible » pour « un plaisir illimité », « aux hasards de la transgression ».

En effet, au Polaris, Sylvie Margot, la pie qui chante, propose son one woman show autour des bonbons. Ca va être délicieux, sucré, acide, sensuel, rigolo, étonnant, coloré. Du bonheur qui a du goût ! Et ça commence par une enfilade de grosses sucettes peintes de façon plus ou moins léchée - évidemment - sur toile écrue en couleurs façon fanfare et fête à Neuneu. Dans le hall, première installation, celle du sac de bonbons pour géants qui déborde dans tous les sens, pour nous accueillir. Ensuite, Sylvie Margot installe confortablement et expose « Les bonbecs de son mec » qui forment un triptyque à connotation sans équivoque. Puis place aux sculptures rose bonbon avec une série de cochons, cochonous, truies et autres gorets, mais encore des chewing-gums mâchés de toutes les couleurs et par les empreintes de toutes sortes de dents. Une autre salle propose une installation de bonbons véritables suspendus ou accrochés dans des boules transparentes. La salle des réglisses en profite pour glisser quelques aphorismes et clins d'œil à l'histoire de l'art. Enfin, Sylvie Margot qui n'a pas attendu la mode pour travailler en 3D, propose une série d'animations numériques avec plein de courts films à croquer. Il y a là pêle-mêle et de quoi j'me mêle des animations délirantes et délurées. Au cœur d'un réglisse, un gourmand se lisse les papilles jusqu'au délice. Entre Stanley Kubrick et « Rencontre du Troisième Type », éclate « La guerre des bonbons », avec un regard à la fois amusé, actuel et terrifiant. Et d'autres... toutes saynètes emplies de sourires, d'angoisses, de poésie, d'humanité.
Dans la même optique, son complice et éminent loupiotrope Claude Couffin, habitué du Polaris, la met en lumière tout en joignant quelques unes de ses pièces pédalantes.
Une expo à consommer sans modération où l'on voit que l'œuvre de Sylvie Margot est incroyablement généreuse. Elle est vitale. Elle est vie.

Stani CHAINE
Commissaire d’exposition du Polaris
Janvier 2005